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Le Concours Médical – Maternité Lion Paris

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Le Concours Médical – Maternité Lion Paris

HYGIÈNE PUBLIQUE

Le Concours Médical, March 28, 1896

L’œuvre maternelle des couveuses d’enfants.

Dans la séance du 12 novembre 1895, M. le Dr Vallin entretenait l’Académie de médecine des efforts tentés à Nice, depuis 1891, par un groupe de personnes charitables, afin de généraliser l’emploi des couveuses, inauguré par M. le Dr Tarnier à la Maternité de Paris.

Cette œuvre, dont les débuts modestes ont été encouragés par la municipalité de Nice, le Conseil général des Alpes-Maritimes et le ministère de l’Intérieur, est venue ces jours derniers chercher la consécration parisienne, et montrer au public son fonctionnement intéressant, dans une petite exposition organisée au n° 26 du boulevard Poissonnière, que nous engageons vivement nos confrères à visiter.

On ne peut se défendre, en effet, d’une certaine tristesse, en songeant aux difficultés que rencontrent, dans leur développement en France, les idées fécondes et généreuses comme celles-là, tandis que le génie de la réclame et la crédulité des gobeurs ont si vite fait d’établir la vulgarisation des diverses manifestations d’un charlatanisme écœurant. Et il nous semble que, ennemis-nés de toutes les sorcelleries tapageuses, nous devrions bien, nous médecins, apporter, toujours, notre appui aussi actif que désintéressé, à toutes les initiatives qui, comme la Ligue contre l’alcoolisme, comme la loi Roussel, et comme l’œuvre maternelle des couveuses d’enfants, répondent à un intérêt social supérieur.

C’est pourquoi nous tenons à attirer l’attention de nos lecteurs sur cette dernière, qui passe peut-être encore trop inaperçue, parmi ces curiosités du boulevard, où elle n’a pris place que depuis huit jours.

La couveuse en usage dans la salle que nous avons visitée porte le nom de couveuse Lion, du nom du Directeur-fondateur de l’œuvre.

Elle se compose d’un parallélipipède en métal, monté sur un support en fer.

Elle peut être désinfectée, sans détérioration, par l’étuve à vapeur sous pression. Sa ventilation est assurée par un tube de huit centimètres de diamètre, s’ouvrant à la base de l’appareil, et par une cheminée d’appel de même diamètre. Une hélice placée à son sommet indique, par sa rotation, la force du courant d’air.

La face antérieure de la couveuse est munie d’un châssis vitré à deux battants, avec fermeture à crémone. Sur le côté gauche s’ouvre un autre châssis vitré permettant à la mère ou à la garde de suivre les mouvements de l’enfant, et de le prendre au besoin, l’appareil étant placé à côté du lit.

Le fond est coulissé et s’enlève en glissant dans ses rainures, comme la planchette d’une cage d’oiseau.

Placé au milieu de la couveuse, sur un hamac en toile métallique, l’enfant est isolé de toutes parts, et l’air chaud peut circuler librement autour de lui. Un thermomètre, placé à hauteur de sa tête, permet de suivre la marche de l’appareil.

Le chauffage est assuré par une circulation d’eau chaude, dans un serpentin communiquant avec un réservoir placé à côté. Ce thermo-siphon peut être chauffé indifféremment par le gaz, le pétrole, l’électricité, ou par tous autres combustibles.

Un tuyautage spécial permet de faire arriver directement dans l’appareil l’air extérieur, plus pur que l’air des appartements et des salles, de le filtrer, en outre, avant son entrée dans la couveuse, et de le conduire à l’extérieur par une cheminée.

Par ces dispositions, les enfants sont complètement isolés, et dans les grandes installations, tous les dangers de l’agglomération se trouvent ainsi écartés.

Un régulateur transmet à un levier les mouvements de la température, et augmente ou diminue, suivant les besoins, la force du courant de chaleur.

Le réglage de la température est assuré automatiquement et d’une façon invariable.

Une douzaine d’appareils de ce genre sont mis gratuitement dans la salle à la disposition des familles sur production :
1° D’un bulletin de naissance, délivré par un docteur ;
2° D’un certificat d’indigence ;
3° D’un extrait de naissance, ou d’une pièce d’identité, comme le livret de famille ;
4° D’une attestation d’exemption de maladie contagieuse.

Mais on recommande d’éviter toute perte de temps dans l’obtention de ces pièces, parce que les prématurés doivent être mis en couveuse aussitôt après la naissance ; et que tout retard diminue les chances de vie. Aussi est-il à désirer que les fonctionnaires de l’état civil fassent diligence en pareil cas, au lieu de créer des difficultés bureaucratiques, comme cela se produit trop souvent.

M. le Dr Vallin expose, de la façon suivante, les résultats obtenus jusqu’ici à Nice, par le Dr Ciaudo, médecin-inspecteur de la protection des enfants dans cette ville :

« Du 29 octobre 1891 au 6 décembre 1894, en trois ans environ, cette œuvre a reçu 185 enfants nés avant terme et pesant de 800 grammes à 2 kg 900 ; 133 en sont sortis vivants et en bon état, 48 sont morts, 4 étaient encore en traitement et en bonne voie.

» La proportion des enfants sauvés a donc été de 72 % ; mais on ne peut comparer l’enfant nouveau-né pesant seulement 800 grammes, et qui mourra nécessairement dans la journée, à l’enfant presque à terme, pesant 2 kg 900, qui figure un peu à tort dans cette statistique. Nous avons groupé les cas d’après les tableaux donnés par M. Ciaudo et nous avons obtenu les résultats suivants :

» 1° Au-dessous de 1 kilogramme, tous les enfants (il y en a 8) sont morts le jour même de leur naissance ;
» 2° De 1 kg 001 à 1 kg 500, sur 36 enfants admis dans les couveuses, 18 en sont sortis capables de continuer à vivre au dehors, soit la moitié ;
» 3° De 1 kg 501 à 2 kilogrammes, on en a sauvé 52 sur 72, soit 72 % ;
» 4° De 2 kg 001 à 2 kg 500, on en sauve 90 %, soit 49 sur 54 ;
» 5° De 2 kg 501 à 2 kg 900, on les sauve tous, soit 14 sur 14. »

Ce sont là des chiffres véritablement éloquents.

Mais on ne pouvait s’en tenir à la création de cette petite maternité.

Aussi, dans l’intérêt des familles, et pour éviter le plus possible la séparation de la mère et de l’enfant qui, en dehors des avantages qu’elle fait perdre, est toujours pénible, l’œuvre a organisé, à côté de ses salles, un service de location pour l’élevage à domicile des enfants nés avant terme ou débiles.

L’installation des appareils dans les appartements, même avec la prise d’air à l’extérieur (disposition qui, pour tous les cas, est particulièrement recommandée), n’exige absolument aucune connaissance spéciale de la part des personnes appelées à s’en servir. Néanmoins, sur la demande des familles, le personnel de l’œuvre est mis à leur disposition.

Enfin, vingt appareils, destinés à l’élevage à domicile des enfants nés avant terme ou débiles, et appartenant à des familles nécessiteuses, seront délivrés sur présentation de bons de l’Assistance publique.

Ce rapide exposé suffit à montrer que l’œuvre des couveuses d’enfants a tout fait pour conquérir rapidement son droit de cité à Paris.

Mais il nous est bien permis d’en demander davantage, à nous, praticiens de province, qui gémissons chaque jour sur l’insuffisance de nos moyens d’action.

Aussi nous estimons, avec le distingué rapporteur de l’Académie de médecine, que toute ville un peu importante devrait avoir, dans sa crèche, sa maternité, ou son hospice, deux ou trois couveuses, qu’on pourrait faire fonctionner en quelques heures.

Si l’œuvre des couveuses nous conduit à ce résultat (et c’est à nous de l’y aider), elle aura bien mérité de la patrie.


English Translation

PUBLIC HYGIENE

The Maternal Society for Infant Incubators.

At the session of November 12, 1895, Dr. Vallin informed the Academy of Medicine of the efforts undertaken in Nice since 1891 by a group of charitable persons to make general the use of incubators, introduced by Dr. Tarnier at the Paris Maternité.

This society, whose modest beginnings were encouraged by the municipality of Nice, the General Council of the Alpes-Maritimes, and the Ministry of the Interior, has recently come to seek recognition in Paris and to show the public its interesting operation in a small exhibition set up at No. 26 Boulevard Poissonnière, which we strongly urge our colleagues to visit.

One cannot help feeling a certain sadness on considering the difficulties that fruitful and generous ideas such as these encounter in their development in France, while the genius of advertising and the credulity of the gullible so quickly establish the popularity of the various manifestations of a sickening charlatanism. It seems to us that we physicians, born enemies of all noisy quackery, ought always to lend our support, as active as it is disinterested, to every initiative that, like the League Against Alcoholism, like the Roussel Law, and like the Maternal Society for Infant Incubators, serves a higher social interest.

That is why we wish to draw our readers’ attention to this last one, which perhaps still goes too unnoticed among the curiosities of the boulevard, where it has been in place for only a week.

The incubator in use in the hall we visited bears the name Lion incubator, after the Director and founder of the society.

It consists of a metal rectangular box mounted on an iron stand.

It can be disinfected without damage in a pressurized steam sterilizer. Ventilation is provided by a tube eight centimeters in diameter opening at the base of the apparatus, and by a draft chimney of the same diameter. A propeller at the top shows, by its rotation, the strength of the airflow.

The front of the incubator has a glazed frame with two leaves, closed with a cremone bolt. On the left side opens another glazed frame that allows the mother or the nurse to follow the infant’s movements and to pick it up when needed, the apparatus being placed beside the bed.

The floor slides in grooves and is removed by sliding it out, like the tray of a birdcage.

Placed in the middle of the incubator on a hammock of wire mesh, the infant is isolated on all sides, and warm air can circulate freely around it. A thermometer placed at the level of its head allows the operation of the apparatus to be monitored.

Heating is provided by circulating hot water through a coil connected to a reservoir placed alongside. This thermosiphon can be heated equally well by gas, kerosene, electricity, or any other fuel.

Special piping allows outside air, purer than the air of apartments and wards, to be brought directly into the apparatus, filtered before it enters the incubator, and carried outside through a chimney.

With these arrangements the infants are completely isolated, and in large installations all the dangers of crowding are thus avoided.

A regulator transmits changes in temperature to a lever and increases or decreases the flow of heat as needed.

Temperature control is automatic and constant.

About a dozen of these apparatus are made available free of charge in the hall to families upon presentation of:

  1. A birth notice issued by a physician;
  2. A certificate of indigence;
  3. A birth certificate extract or an identity document, such as the family record book;
  4. A certificate of freedom from contagious disease.

However, families are urged to waste no time in obtaining these documents, because premature infants must be placed in the incubator immediately after birth, and any delay reduces their chances of survival. It is therefore to be hoped that civil registry officials will act promptly in such cases, rather than creating bureaucratic obstacles, as happens all too often.

Dr. Vallin presents the results obtained so far in Nice by Dr. Ciaudo, medical inspector for child protection in that city, as follows:

“From October 29, 1891 to December 6, 1894, in about three years, this society received 185 infants born before term and weighing from 800 grams to 2.9 kg; 133 left alive and in good condition, 48 died, and 4 were still under treatment and doing well.

“The proportion of infants saved was therefore 72%; but one cannot compare the newborn weighing only 800 grams, who will inevitably die within the day, with the nearly full-term infant weighing 2.9 kg, who somewhat wrongly appears in these statistics. We grouped the cases according to the tables provided by Dr. Ciaudo and obtained the following results:

“1. Under 1 kilogram: all the infants (there were 8) died on the day of their birth;
“2. From 1.001 to 1.5 kg: of 36 infants admitted to the incubators, 18 left capable of continuing to live outside, that is, half;
“3. From 1.501 to 2 kg: 52 of 72 were saved, or 72%;
“4. From 2.001 to 2.5 kg: 90% are saved, or 49 of 54;
“5. From 2.501 to 2.9 kg: all are saved, 14 of 14.”

These are truly eloquent figures.

But the society could not stop at creating this small maternity unit.

Thus, in the interest of families, and to avoid as far as possible the separation of mother and child, which, apart from the advantages it forfeits, is always painful, the society has organized, alongside its wards, a rental service for raising premature or weakly infants at home.

Installing the apparatus in apartments, even with the outside air intake (an arrangement particularly recommended in all cases), requires absolutely no special knowledge on the part of those who will use it. Nevertheless, at the families’ request, the society’s staff are made available to them.

Finally, twenty apparatus intended for raising at home premature or weakly infants belonging to needy families will be issued upon presentation of Public Assistance vouchers.

This brief account suffices to show that the Society for Infant Incubators has done everything to win, quickly, its rightful place in Paris.

But we may well ask for more, we provincial practitioners who lament daily the inadequacy of our means.

We therefore agree with the distinguished rapporteur of the Academy of Medicine that every town of any size should have, in its crèche, its maternity hospital, or its hospice, two or three incubators that could be put into operation within a few hours.

If the Society for Incubators leads us to this result (and it is up to us to help it), it will have served the nation well.


Notes:

  • The weight-group breakdown totals 184 infants, not 185, though the survivor count (133) matches. This discrepancy is in the original.
  • The loi Roussel (1874) regulated the placement of infants with wet nurses.
  • Click here to view the scanned original article.

Last Updated on 11/04/26